Voici la malle

Devinez-vous ce qui se cache sous le couvercle ?
Le talent est-il la clé de la réussite artistique ?
Le talent s’acquiert-il ?
Ai-je du talent ?
Suis-je doué ?
Ces questions, nous nous les posons tous, au moment de nous lancer dans une activité artistique. Je crois qu’elles sont prématurées et inutiles. Laissez vos certitudes ou vos doutes de côté pour l’instant, et approchez-vous de la malle.
La voici ouverte

C’est une malle magique. Elle renferme un trésor bien plus extraordinaire que le talent.
Donnez-moi le temps de vous parler du talent :
C’est un luxe, une fortune dont vous avez peut-être hérité. Avec la fortune, tout semble plus facile.
Mais celui qui possède un héritage peut perdre beaucoup plus que celui qui n’a rien. De plus, on gère mieux son capital en étant conscient des limites de sa fortune.
Le talent peut d’ailleurs, comme la fortune, s’acquérir en partant de rien, ce qui est rassurant et juste.
Mais la malle contient bien plus que le talent. Elle renferme tout ce qu’il vous faut pour réussir. Regardez :
La méthode

A gauche, vous voyez des roues dentées. Elles symbolisent la méthode.
Cette méthode vous l’avez actuellement entre les mains. Vous n’avez plus qu’à l’utiliser. Elle est basée sur le principe des pignons. Sur un grand pignon, on ne sent pas d’effort, on ne fait pas de vitesse mais on avance toujours. C’est parfait dans les côtes. Le petit pignon permet d’arriver au but plus rapidement, en entretenant une vitesse acquise avec les pignons supérieurs.
Cette méthode vous laisse passer d’un pignon à l’autre comme vous l’entendez. Cela veut dire que vous ne devez jamais éprouver de difficulté. L’effort est inutile car la méthode est progressive. Vous ressentez un doute, un cap vous semble infranchissable ? Changez de pignon à volonté.
Vous saurez très vite comment procéder. Cela deviendra automatique.
Le matériel

A droite de la méthode, vous découvrez le matériel.
Papier, crayons ? Pas uniquement. Dessiner, c’est tracer. Pour tracer, il faut au moins un support et un traceur.
On peut dessiner avec un pinceau ou un bambou taillé, comme avec une craie, sur une ardoise ou sur un trottoir.
Vous allez explorer le monde des supports et des traceurs.
Il est possible
– qu’un support vous convienne bien.
– qu’un outil vous plaise particulièrement.
– qu’une technique d’utilisation vous corresponde mieux qu’une autre.
L’ensemble de ces choix feront votre personnalité et vous permettront d’avancer plus vite.
Mais, que contient encore cette malle ?
Tout commence par une idée

Un peu plus à droite il y a une flamme, un cadran de montre et une ampoule.
L’ampoule fait la lumière dans le noir. Elle a toujours symbolisé le jaillissement d’une idée. On parle souvent d’inspiration.
Dans un premier temps, nous pouvons assimiler idée et inspiration. Vous verrez, plus tard, qu’il existe une nuance importante entre les deux notions.
Que faire sans inspiration ? Rester devant une feuille blanche ? Chercher une idée « dans sa tête » comme on dit ?
Non, car si une idée qui vous inspire s’y trouvait déjà, vous l’auriez adoptée. C’est ailleurs qu’il faut chercher, et vous saurez bientôt où se nichent d’innombrables sources d’inspiration.
Donnez-vous le temps
Le cadran de montre, lui, vous rappelle une chose importante. Vous voulez vraiment atteindre un niveau de plaisir ou de compétence élevé. Pourquoi pas les deux ? C’est possible. Mais il y a un montant à payer, dans une monnaie frappée en minutes, en heures, en jours. Ce montant n’est jamais perdu, car vous le verserez à vous-même. Il faut vous donner du temps.
Grâce au système des pignons à votre disposition, vous pouvez choisir de ralentir dans les côtes, ou de rouler plus longtemps sur un chemin de contournement plus plat. Un seul objectif : ne pas mettre le pied par terre, ne pas s’arrêter, conserver l’élan. Donnez-vous du temps pour cela.
Alimentez le désir
Et cette petite flamme, que vient-elle faire ici ? Eteignez-la et vous perdez tout. C’est le symbole du désir. Rien de valable ne peut se faire sans lui. Perdez le désir et vous cesserez de dessiner. C’est le plus grand moteur qui soit. Un moteur sujet à pannes, tout au moins à des ratés. Le moteur peut s’encrasser par le découragement.
Vous découvrirez également dans cette méthode de quoi entretenir et stimuler ce désir d’apprendre, de dessiner et de réussir. Vous trouverez de quoi être fier du chemin parcouru, et des moyens objectifs et efficaces d’alimenter votre désir, s’il venait à faiblir.
Une main, deux yeux, un cerveau

Il reste quatre outils dans la malle. Ils sont à vous : deux yeux différents, votre main et votre cerveau.
Votre main tient et manipule l’outil. Elle est l’interface entre votre cerveau et votre crayon.
Elle sert à rendre visible l’immatériel , elle traduit la pensée en geste, comme le crayon traduit le geste en trace. Elle devra se faire oublier pour être un serviteur de vos intentions, comme lorsque vous écrivez.
Mais rappelez-vous que, petit, vous avez appris à écrire. A ce moment-là, vous étiez surtout préoccupé d’arriver à faire bouger vos doigts de façon coordonnée, selon vos ordres, en essayant de ne pas « déraper ». Vous irez beaucoup plus vite maintenant, car vous savez écrire.
Mais, imaginez que vous ayez à adopter une lettre nouvelle dans votre alphabet. Vous devrez alors apprendre à la tracer naturellement au beau milieu d’un mot.
Faites l’expérience. Ecrivez quelques phrases qui vous passent par la tête , mais remplacez tous les A par une lettre grecque phi ϕ ou lambda λ.
Pas simple !
Pour progresser en dessin, votre main devra être entraînée à vous servir. C’est pourquoi vous trouverez des exercices d’assouplissement pour améliorer votre habileté manuelle pure. Quand vous aurez atteint un certain niveau, vous oublierez votre main. Elle fera un tout avec votre cerveau.
Votre cerveau est le donneur d’ordres

Parfois, votre main semblera ne pas savoir comment reproduire ce que vous aviez imaginé.
Oui, mais pour bien commander, le cerveau doit connaître son environnement matériel et humain.
Dans certaines circonstances, vos ordres seront vains :
– si l’outil n’est pas bien adapté.
– si la main est en difficulté.
Tant que l’on n’a pas atteint un certain niveau, il existe presque toujours un décalage entre ce que l’esprit peut concevoir et ce que la main peut réaliser. L’un domine l’autre. Plus exactement, l’un empêche l’autre. Or, dans l’apprentissage de l’art et du dessin, le gêneur n’est pas toujours le même. Parfois, votre main n’obéit pas aux ordres du cerveau.
A d’autres périodes, c’est votre imagination, vos idées, votre inspiration qui vous limiteront, alors que votre main sera toute disponible à vos projets. Malheureusement, le nivellement se fait par le bas. Entre la main et le cerveau, c’est le moins compétent des deux qui donne les limites de l’ensemble.
Heureusement, dès le début, il est des moments où le cerveau et la main fonctionnent bien ensemble, et cela donne vos premiers dessins réussis.
Vous apprendrez à combler ces petits décalages, et plus vous avancerez, moins ils seront fréquents.
Votre cerveau est un instrument de grande complexité. De nombreuses théories sur le cerveau, et en particulier sur le cerveau droit, ouvrent des portes qui parfois se referment aussitôt sur vos doigts ! Vous pouvez progresser plus rapidement, en libérant simplement les aptitudes innées de votre cerveau. Vous découvrirez cela dans les exercices d’entraînement.
Votre cerveau est aussi un bloc-notes
Votre cerveau possède une remarquable mémoire. Vous pourrez y stocker des millions d’informations ou d’impressions que vous allez rencontrer.
Si une idée vous passe par la tête, vous avez tout intérêt à la noter sur un bloc pour la retrouver.
Mais si vous regardez une forme de nuage effilé, un reflet, une transparence d’eau, une zone de lumière sur un visage en mouvement, rien de tout cela n’est fixe, c’est une succession d’images. Une caméra serait nécessaire pour saisir ce qui donne un aspect particulier à ce que vous avez sous les yeux. Que pouvez-vous noter ?
Un croquis rapide n’est pas adapté pour cela. Seul, votre cerveau sait emmagasiner des milliers d’images pour vous. Cependant, il reste à lui demander de les restituer correctement. Grâce à cette méthode, vous acquerrez cette faculté.
Vous apprendrez à regarder d’une manière utile pour progresser.

Justement, pour mieux regarder, vous emprunterez régulièrement l’œil de la chouette et celui du faucon.
L’œil de chouette
L’œil de chouette est votre premier oeil. Il voit dans l’obscurité. Il saisit des nuances totalement ignorées des autres. La chouette veille, quand le reste du monde sommeille. Vous aussi, vous devez garder vos sens en alerte quand vous ne dessinez pas. Cet œil vous accompagne à chaque instant de votre vie, et il enregistre la moindre variation, le moindre mouvement de la nature. Au moment de dessiner, changez d’œil, prenez celui du faucon.

L’œil du faucon
Avec l’œil du rapace, vous apprendrez à voir le plus petit détail dans un ensemble vaste. C’est un œil vif et précis, même un peu féroce. Vous devez apprendre à observer, analyser, décider, puis foncer sur votre sujet, comme un faucon s’abat sur sa proie. Quand vous aurez pris une décision, vous ne devrez plus hésiter.
Apprenez à changer d’œil régulièrement. Vous découvrirez d’excellents moyens d’y parvenir, mais chaque chose en son temps. Je vous propose de regarder à nouveau ce qu’il vous faudra pour les premiers exercices dans la rubrique « Matériel à Prévoir » que vous trouverez un peu plus bas.
Découvrez ces exercices dans « Dessins à Faire » et profitez des autres rubriques de ce module. Ne brûlez pas les étapes, un module par semaine est parfait. Au besoin répétez les exercices jusqu’à les faire les yeux fermés 🙂